Les Baleines

On ne soulève pas les jupes des baleines.
Leur peau lisse de toile cirée
N’autorise pas cette irrévérence.
Ballet de nymphes gracieuses
Dans les ondes voluptueuses
Opulentes et généreuses
Elles ondulent leur corps de déesse.
Et dans les mers aux eaux profondes
Les baleines bleues se confondent.

On ne soulève pas les jupes des baleines.
Elles cachent dans leur intimité
Le secret des fécondes magiciennes.

Subtil mélange de force et de beauté,
La fière et gigantesque femelle
Avec grâce et délicatesse
Nourrit le petit cétacé, le caresse
L’accompagne dans ses folles plongées.
Et elle raconte à son délicat compagnon
Les histoires des hommes envoutés
Par la douceur de ses chansons.

On ne soulève pas les jupes des baleines
Qui frappent leur queue de sirène
En grand éclat d’indignement.
Comme avant les esclaves noirs

Elles chantent leur désespoir
Dans un étrange et beau gospel.
L’océan se fait chapelle
Quand elles entonnent leur fascinante prière.
Et leurs larmes ensemencent la terre,
Et sur les rivages parfois, elles viennent s’échouer
Pour que résonne cette ode à l’humanité.

Elles nagent dans cette amplitude océanique
Nomades des déserts aquatiques
Un vol de sirènes acrobatiques,
Les baleines.


Astrid Le Gal